mises à jour lundi 02 janvier 2012 09:33

Le Dharma
Avant tout
chose, il est utile de rappeler ce qu'est le Dharma. Dharma provient du sanscrit
Dhri qui signifie garder, maintenir, et qui possède un nombre de sens très vaste
parmi lesquels Loi, doctrine, enseignement du Bouddha, normes de conduite,
devoir, moralité, caractéristiques essentielles ; plus largement le Dharma
désigne l'ensemble des processus qui régissent la vie cosmique. On le retrouve
comme suffixe dans Abhidharma, la doctrine du Bouddha exposée dans les
commentaires sur les soûtras et Saddharma désignant la Loi merveilleuse ou
vérité insondable, gouvernant toutes les lois et phénomènes permettant d'y
accéder dans l'Eveil.
Cependant,
on met sa confiance dans le Dharma avec un D majuscule, Dharma qui comprend une
multitude de dharmas avec un d minuscule. On peut ranger ces derniers en trois
catégories, triples en elles-mêmes:
1 -
dharmas à connaître:
-
les
Soûtras contenant l'Enseignement de
la connaissance, ils sont multiples et beaucoup ne sont pas du Bouddha lui-même,
mais de ses successeurs ou de grands réalisés. Le soûtra du Lotus de bonne loi,
base du bouddhisme mahâyâna est sujet à caution et interrogation quand à son
auteur, nombre des soûtras dits ésotériques ont été dictés par le Bouddha
Maitreya, le bouddha du futur.
-
le
Vinaya, à savoir la façon de
pratiquer et les connaissances qui se dégagent de ces pratiques. Il désigne
l’ensemble des règles monastiques qui dépassent les 200, avec, pour les femmes,
8 règles supplémentaires qui les inféodent aux moines. Ces règles ont été
édictées il y a plus de 2'000 ans et surprennent parfois par leur désadéquation
avec la vie moderne leur conférant un caractère figé et en dehors des réalités
du monde.
- l'Abhidharma
à savoir la dialectique sur l'enseignement de ces pratiques. Là, nous plongeons
dans l’océan des commentaires générant les diverses écoles, chacun y allant de
son couplet sur tel ou tel point de la Doctrine. Parmi les nombreux abidharmas,
les plus connus sont ceux de Vasubandhu et d’Avashgosha, véritable nomenclature
méthodologique des phénomènes, soit physiques soit mentaux. Il ne faut les
considérer que comme des outils pour la mise en pratique
et
ne pas en faire des paroles d’évangiles.
2 -
dharmas à développer pour parvenir à
l’Eveil :
- vertu ou moralité pour ne
pas s'écarter des règles de conduite juste
- concentration pour ne pas
laisser s'égarer l'esprit non-concentré,
- sagesse, pour maintenir
l’esprit qui doit comprendre la vérité dans la sagesse.
3 -
dharmas à détruire
pour parvenir à l’Eveil :
- scepticisme
- attachement aux
comportements extrêmes condamnés par Bouddha, l’ascétisme destructeur et la
luxure tout autant destructrice.
- croyances fanatiques ne
permettant pas à l'équanimité et à la tolérance de se faire jour dans l'esprit
du pratiquant.
Il y a
deux autres appellations du Dharma qui concerne son compréhension, son domaine
d’application et sa mise en oeuvre:
Le
Dharma temporel qui désigne tout ce
qui est mis en oeuvre pour rendre meilleures les conditions matérielles de notre
vie terrestre, et là elles ont atteint de nos jours un niveau de développement
tel que tous nos besoins matériels sont comblés à satiété dans la plupart des
pays de la planète. Certains autres n'en sont pas encore arrivés là. Nous devons
avoir vis-à-vis d'eux beaucoup de compassion, et ce n'est pas forcément parce
que le niveau matériel est faible que le niveau spirituel suit, celui qui se
satisfait de peu laisse plus de place à la mise en oeuvre du Dharma spirituel.
Le
Dharma spirituel concerne la
découverte de la nature essentielle de son propre esprit, l'obtention de la
paix, celles aussi du bonheur et de la liberté intérieurs et dans un stade
ultime parvenir à l'Eveil. L'authenticité de cette paix, de ce bonheur, de cette
liberté n'est assurée que par le Dharma spirituel, le matériel étant incapable
de le faire. Se consacrer au Dharma spirituel est utile non seulement pour
améliorer nos conditions de vie actuelle, en trouvant la paix, le bonheur, la
sérénité, mais aussi pour les vies à venir, car nous créons jour après jour les
conditions dans lesquelles nous serons amenés à revenir éventuellement sur
terre, c'est pourquoi le Dharma spirituel doit être prépondérant dans notre
préoccupation quotidienne.
ll existe
bien sûr une infinité de variantes du Dharma, selon le pays, la tradition,
l'école, quelque fois même le gourou. Certains vont jusqu'à assurer la
suprématie de l'un sur les autres, ce qui est une vue totalement erronée et
incorrecte. Certaines écoles font intervenir des pratiques rituelles complexes
dans l'apanage du Dharma, ce qui n'est pas prouvé irréfutablement; certaines
pratiques ésotériques sont venues d'autres sources spirituelles selon le pays,
selon sa culture, selon les traditions préexistantes s'adjoindre aux bases du
Dharma, de là par exemple la diversité du panthéon bouddhique; notion absolument
erronée, car il n'y a pas de Dieu. Les dieux et divinités sont antérieurs ou
extérieurs au Dharma originel dans tout son dépouillement.
A
quelqu'un qui lui demandait pourquoi il se prosternait devant une statue
représentant le Bouddha, un sayadaw birman répondit: " je ne me prosterne pas
devant un Dieu comme vous pourriez le faire dans vos religions et le supposer
dans votre optique monothéiste occidentale, je m'incline par vénération face à
l'excellence de l'Enseignement du Bouddha". Aussi, lorsque vous faites le moudra
de respect que ce soit gashô ou anjali en rentrant dans la salle de méditation,
vous devez le faire dans cette optique là et uniquement et non point considérer
la satuette de Bouddha comme représentant la panacée à toutes vos désirs, à
toutes vos requêtes.
Vous devez
considérer avoir le plus grand respect qu'il soit pour l'Enseignement et non pas
tellement pour la personne de l'enseignant qui ne fait que le transmettre. Vous
devez comprendre dans ce respect que vous lui témoignez ou témoignerez que le
Dharma est la clé qui peut veut mener à la cessation des souffrances, à la
libération totale. C'est à ce titre qu'il peut être considéré comme sacré,
puisqu'étant le moyen essentiel de la Réalisation.
Aussi pour
rester dans le sillage de la Voie du Milieu tracée par le Bouddha, nous dirons
que le Dharma obéit à trois règles fondamentales qui sont les suivantes:
-
Faire
le bien
-
Fuir
le mal
-
Purifier le mental,
tel est l'enseignement du Bienheureux -
La plus
importante des trois est bien la dernière, car sans elle notre mental est sans
cesse en mouvement, encombré de nos désirs, de nos attachements, de nos
insatisfactions. Apaiser le mental pour comprendre la nature des phénomènes,
voir les choses telles qu'elles sont en nous libérant de nos attachements à leur
égard, en comprenant la nature et l'origine de nos souffrances, en comprenant
que nous ne pouvons arriver à la cessation de ces souffrances que par notre
propre effort de compréhension, que nous sommes les seuls et uniques acteurs de
notre vie que nous la voulions heureuses ou que nous nous la rendions
impossibles.
Le Dharma
est en quelque sorte le mode d'emploi à utiliser dans la progression vers
l'Eveil. Mode d'emploi dans lequel nous découvrirons les Quatre Nobles Vérités,
les cinq agrégats, les six perfections, l'octuple sentier, les dix
états, les douze chaînons de causalité et bien d'autres notions et
paliers importants ...
la photo représente le mudrâ de l'argumentation (enseignement) ou vitarka mudra