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Bouddhisme

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Bouddhisme et Christianisme

von Brück /Lai - Salvator - 2001 - 855 pg

Quel pavé de plus de 800 p., commis par un M. Dupont (T et non D...), bien germanique ! Mais quelle matière intense et instructive, car il ne s'agit pas seulement de gloser épistémologiquement, avec une érudition hors pair, sur le dialogue possible ou non, sur les affinités, les concordances ou divergences existantes, mais, par le biais d'un récapitulatif historique et doctrinal de ces deux ismes, de montrer que velléités et tentatives de compréhension mutuelle, éventuels rapprochements ne datent pas uniquement de Vatican II, mais depuis plus d'un siècle, le premier parlement des religions s'étant tenu en 1893 !! Reprenant l'ordonnancement de cette " bible ", les lecteurs pourront découvrir la rencontre-confrontation du Bouddhisme et du Christianisme, tant dans les pays orientaux qu'occidentaux, avec des grandes figures : Merton, Lasalle, Bouddhadasa (auteur de l'excellent ouvrage " un bouddhiste enseigne le christianisme aux bouddhistes ", Nyanatiloka, Nyanaponika, Ayya Khema (allemande d'origine juive) Dürckheim, Thich Nhat Hanh (NdlR : fondateur de l'église bouddhique unifiée !!) ... sans oublier l'introduction écrite par un des ténors de la pensée religieuse moderne qu'est H.Küng. Notons toutefois que le chapitre consacrée à la France est plus un rappel des bases fondamentales (dukkha, sukkha, prajñâ, shunyata, samsâra, pratitya samutpâda...) du véritable bouddhisme qu'un récapitulatif historique à l'instar des autres pays examinés, le bouddhisme tibétain étant limité à un paragraphe succinct et le théravâda sri-lankais y est étrangement absent (école bouddhique qui est mise à contribution dans d’autres chapitres) ...!! Ensuite de quoi sont abordés en miroir, avec méthode et extrême minutie, les trois grands thèmes conducteurs de cette étude comparative : Jésus et Bouddha, Dieu et dharma, église et samgha, dans la complexité dialectique de leurs critères herméneutiquement analysés; au milieu d'un propos des plus intéressants et instructifs, que viennent faire ces exaspérantes redites dogmatiquement éculées concernant le péché et ne faisant nullement avancer le schmilblic, contrairement à l'interprétation bouddhique qui y voit nettement plus clair !!!. Revient aussi la question récurrente du vide (shunyata) que l'Occident a trop vit assimilé à la néantitude, vide dans lequel il serait possible d'y retrouver Dieu, un comble ...!! D'ailleurs, deux questions sont restées sans réponse : le vide a-t-il- une volonté (peut-être celle de s'auto-remplir ?!) et le terme de kenotique ( à moins que ce ne soit le tic du Keno !!). Si on peut dire, les bouddhistes expliquent clairement qu'avec l'extinction du désir (nirodha) le Royaume des Cieux peut s'accomplir dans cette vie terrestre et qu'il n'est point besoin d'attendre un quelconque au-delà pour y parvenir, suite à un jugement dernier !! On retrouve aussi le parallèle ternaire entre la Trinité et les trois kayâs (sambhoga, dharma et nirmana), parallèle qui a suscité nombre de spéculations métaphysiques de haut vol ... Fort instructive est la partie réservée à l'explication de la naissance du Mahâyâna à partir de divers courants, celles du paradigme Kaniska et la mise au point au sujet du roi Asoka, où l'on peut se rendre compte du rôle joué par pouvoirs laïc et religieux. J'y ai remarqué non sans quelque contentement, la citation du Bouddhayâna, véhicule unique ou Ekayâna extrait du soutra du Lotus sur lequel repose en grande partie toute l'édifice mahayâniste. En troisième partie, les auteurs se penchent sur l'avenir des paradigmes inhérents (jiriki, pouvoir personnel et tariki, pouvoir venant d'un autre ou plutôt conféré à un autre...) à un dialogue futur, au vu des arrières plans historiques et des 4 dimensions du religieux. Développement personnel ou " prise en charge " collective, tel est le défi de la nouvelle conscience qui doit animer l'application raisonnée et discernante de ces deux idéologies en dehors de toute querelle de pouvoir et de transmission. D'imposantes notes succèdent à chacun des chapitres et contiennent nombre d'ajouts explicatifs fort intéressants. Les références sont innombrables de Moïse à Tillich en passant par Tagore, Wittgenstein et nombres de commentateurs émérites, étayées qu'elles sont par une terminologie sanscrito-japonaise du meilleur aloi et la bibliographie impressionnante est fort révélatrice de l'intérêt - pour ne pas dire des passions - que suscite un tel sujet. Même si je ne partage pas tous les points de vue ci-exposés, particulièrement au sujet de la religion chrétienne schématiquement archétypée à des croyances et des dogmes, de la sélection focalisatrice principalement sur l'amidisme pour le Bouddhisme (amidisme qui n'est pas sans quelque analogie sotériologique avec le christianisme, même si le ganriki en atténue la rédemption...) ainsi que de l'amalgame quelque peu superfétatoire entre mahâkarûna, la grande compassion et la charité chrétienne, termes on ne peut plus galvaudés et dénaturés de leur vraie signification, je me suis régalé à sa lecture patiente et attentive. J'en ai apprécié d'autant plus les références orientales et la mise à contribution des diverses écoles hinayânistes et mahâyânistes : (celles occidentales étant grevées d'une terminologie judéo-chrétienne limitative) et particulièrement la mise au point rectificative faite avec pertinence et discernement, concernant la chronologie des soûtras du Mahayâna et principalement celui dit du Lotus (de 5 siècles postérieur à la mort du Bouddha). A relever aussi la référence au Me Eckhart dans le processus de métanoïa et la volonté de Bouddhadasa de revenir à un bouddhisme épuré de toutes les digressions postérieures, dont la quête effrénée des mérites agite par trop souvent les esprits. Je sais gré aux deux auteurs de ne point être tombés dans le piège de la terminologie lamaïste, truffée de hautes spéculations vajrayânesques. Conclusion, ceux deux grandes religions tout en s'attachant, non pas à cette sempiternelle et trop galvaudée conversion, mais à cette transformation libératoire en profondeur instiguée par les excellents enseignements de ces deux maîtres, prônent une initiative librement consentie et quelque procuration extérieure pour accéder à et essentialiser l'ipséïté enfouie en chaque être humain (Tat Twam Asi, Je suis celui qui Est). Même si j'affirme que la véritable spiritualité se situe au-delà de toutes les religions dans la réintégration à l'Essentiel du Tout, qu'il me soit humblement permis de le décréter de facto préliminairement indispensable à tout dialogue futur à fin bouddho-chrétienne, de le recommander plus que vivement, par la richesse considérable de son contenu, à toutes les facultés de théologie, à toutes cellules de dialogue inter-religieuses comme à toutes les associations et autorités religieuses des deux bords et des autres aussi, car il est capital, actuellement avec tous les médias d'information à disposition, d'ouvrir ... son horizon spirituel pour apprendre à vraiment connaître l'Autre dans sa différence, sa richesse, son individualité ... surtout au-delà des considérations restrictives des religions entre elles. Ouvrage de référence sur le sujet, fabuleuse mine de renseignements sur la philosophie bouddhique, que je mets aux Top-Ten, Indispensables-bouddhisme et Christianisme. Quel cumul méritoire..., Bouddha qui s’en dédie !!!

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