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Bouddhisme

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Bouddhisme et Occident

Obadia L. - Harmattan - 1999 - 272 pg

Oyez, oyez, braves gens, la saga de la diffusion du bouddhisme tibétain en France. L’auteur, dans son ouvrage décrivant le pourquoi, le comment, les mécanismes, les formes, les incidences de ce raz de marée pour une " spiritualité qui a le vent en poupe", suite à l’engouement teinté d’un anti-institutionnel latent à l’égard de structures écclésialement pesantes, commence par rappeler comment l’Occident découvrit le Bouddhisme dès les premiers siècles de notre ère par l’entremise de Barlaam et Josaphat. Comment à la suite de Guillaume de Rubrouck, des missionnaires chrétiens tentèrent d’évangéliser ces contrées lointaines, Ricci, Ruggieri et Desideri en tête de peloton. Comment au 19ème le Bouddhisme renaquit de ses cendres grâce à des Burnouf, Müller, Csoma de Körös, Rhys-David, E. Arnold... et surtout la Théosophie ; résurgence qui instigua une "vogue orientalisante" ponctuée de conversions dont la première fut celle de Mc Gregor, tout en rappelant les personnalités les plus marquantes qui la jalonnèrent : Dharmapala, Nyanaponika, Govinda, Ch. Humphreys, pour finir avec " l’évangélisation tibétaine de l’Occident " Ghögyam Trungpa et Kalou rinpoché en tête. Après ce rappel historique de ce que d’aucuns conçoivent déjà comme une " religion moderne " prenant plus d’un tiers du présent ouvrage, nous passons au côté proprement sociologique, Weber et Durkheim à l’appui, pour décrire le caractère socialement " institutionnel " du bouddhisme tibétain. Face à un Occident tellement empressé de " renouveau spirituel ", celui-ci est resté littéralement aveugle à son caractère militant et prosélyte, fort subtil au demeurant. Cette modernité religieuse conférée apologétiquement au Bouddhisme, a fort bien convenu au lamaïsme qui s’est empressé de se répandre, tout auréolé de la personnalité de son chef spirito-politique, le 14ème Dalaï-Lama. Mais cette diffusion ne s’est pas faite sans quelque propagande dont le D-L, lui-même, est partie prenante et intégrante en tant que suprême autorité religieuse et chef politique en exil, prix Nobel de la Paix de surcroît, mais aussi en tant que " contrôleur général " des centres tibétains d’Occident (qui représentent un certain pactole ...). Ensuite, vient le gros " morceau " qu’il nomme sans complaisance un "bricolage religieux" destiné à séduire les futurs adeptes qui, trouvant en nombre de lamas tibétains des psychothérapeutes magiciens, confondent hâtivement, dans et par leur ignorance, causes psychologiques et solution à caractère ontologique. Passons, je vous prie, à la démarche "   conversion " proprement dite : après les renseignement pratiques sur le quoi-qui-comment-où... découlant d’une curiosité certaine, vient l’encadrement religieux dans lequel sont délivrés les fameux contenus du même acabit. Le but à finalité certaine de cette propagande religieuse étant, par le truchement de stratagèmes salvifiques, les Upayâ kaushalya, d’obtenir la conversion d’adeptes potentiels, soumis par la suite, ce à l’insu de leur plein gré, à une domination hiérocratique. On peut notamment lire : "Les lamas sont déjà "conscients" de la légitimité dont ils bénéficient, ainsi que de la crédulité de leur auditoire, celui-ci étant " conquis " partiellement à l’avance, si bien qu’ils ne cherchent pas tant à " persuader " qu’à " séduire ". L’humour dont ils teintent leur discours constitue une stratégie de séduction particulièrement efficace ". Ne me laissant nullement séduire, permettez-moi, ici, de rire " jaune ". Nous retrouvons encore, mentionné ici, la supériorité revendiquée et prônée par le Vajayâna sur les 2 autres véhicules, ce en se posant comme dépositaire de la totalité des enseignements du Bouddhisme. Après quoi vient la trajectoire en 5 points de l’adepte-modèle : à partir d’une situation initiale, souvent banale mais avec un zeste de curiosité, intervient celle décisive de rupture, de crise. Ce faisant, par le truchement de contacts divers avec les "  propagateurs " transformant ainsi l’intérêt en expérience directe et vécue, on arrive insensiblement à celle d’intégration avant de terminer dans celle de socialisation religieuse où la propagation est considérée comme un devoir d’implication collective. Le tableau de la p. 188 est on ne peut plus éloquent ! N’oublions pas aussi que le dit bouddhisme tibétain, parmi tout son panthéon et ses rituels, a rajouté un refuge supplémentaire en premier rang, celui au lama le plaçant devant celui du Bouddha... marquant ainsi la suprématie incontesté du transmetteur sur l’enseignement transmis, de quoi faire rêver les Kalâmas...Dans ce " bricolage religieux " ne représentant pas une fin en soi mais une étape vers une adhésion pleine et idéalement exclusive, conditionnements religieux et normalisation du discours apparaissent les deux mamelles de cette " évangélisation " entretenant quelque confusion entre l’individualisme-collectif bouddhique et celui d’une forme de religiosité "post-moderniste", confusion qui contribue à faciliter l’adhésion des occidentaux à cette religion à " caractère fortement bureaucratique ". Comme tout bon sociologue, l’auteur nous gratifie de statistiques et de diagrammes y afférents. En conclusion, c’est un livre que toute personne intéressée, attirée par le bouddhisme tibétain se doit de lire avant de... Il corrobore les avis à fins discernantes du site Internet de l’UBLF, www.bouddha.ch, ce en signalant que le lamaïsme, (terme employé expressément par A.D. Néel et d’autres...) dit bouddhisme tibétain n’est pas l’unique " représentant spirituel " du Bouddhisme et qu’il existe, nonobstant, de rares maîtres authentiques non inféodés à un tel système hiératique, système pouvant revêtir parfois un aspect sectaire, défrayant même la chronique.... Par urgente mesure impérative de " salut spirituel ", je place, séance tenante en tête du Top Ten et dans les Indispensables, ce livre qui, donnant une excellente démonstration d’un phénomène religio-socio-culturel,  va, à coup sûr, faire moult bruits et causer nombre remous dans le Landerneau bouddhique. Mille bravos, Mr Obadia d’avoir osé remettre le pipal au milieu du Vihara !

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